FRÉDÉRIQUE SOPHIE WILHELMINE, MARGRAVE DE BAREITH,




MÉMOIRES

DE

FRÉDÉRIQUE SOPHIE
WILHELMINE,

MARGRAVE DE BAREITH,

SOEUR DE

FRÉDÉRIC LE GRAND,

DEPUIS

L'ANNÉE 1706 JUSQU'À 1742,

ÉCRITS DE SA MAIN.


TROISIÈME ÉDITION, CONTINUÉE JUSQU'A 1758 ET ORNÉE
DU PORTRAIT DE LA MARGRAVE.

TOME DEUXIÈME.

LEIPZIG.
H. BARSDORF.
1889.




1732.

Une nouvelle époque fit l'ouverture de 1732. Il yavoit déjà quelque temps que je me trouvois fort incommodée;j'en avois attribué la cause à l'agitation continuellede mon esprit accablé de tant d'adversitésdifférentes. Je voulus faire mes dévotions; je pris unedéfaillance à l'église, que dura quelques heures. Je metrouvai au lit en revenant à moi, entourée de la reineet d'une foule de monde, qui étoit accouru pour mesecourir. Le médecin jugea que j'étois enceinte. Onm'en badina beaucoup, mais je ne fis aucune attentionà tout ce qu'on me dit. Je souffrois trop; j'eus plusieursfoiblesses tout ce jour-là, ce qui m'empêcha deme lever. La reine me fit dire le lendemain, qu'elleviendroit le soir célébrer les rois chez moi. Cette petitefête fût assez triste; ceux qui y étoient, sembloienttouchés de me perdre, ils avoient tous les larmes auxyeux. Je pris un tendre congé de la Margrave Philippe;mon mariage n'avoit point altéré notre amitié,et je me sentis attendrie de me séparer de me amies.

Le lendemain (7. Janvier) nous nous rendîmes àPotsdam. La roi m'y reçut à bras ouverts. L'espérancede se voir bientôt grand-père lui causoit une joie inconcevable,il m'accabloit de caresses et d'attentions. Jeprofitai de ces bonnes dispositions par lui demanderune grâce. Mdme: de Sonsfeld avoit trois nièces,filles du général Marwitz; sa soeur étant morte, elleles avoit fait élever. Ces trois filles, dont l'aînée avoit14 ans, étoient héritières d'un bien très-considérable.Sa tante souhaitoit amener cette aînée avec elle àBareith, pour achever de la former; elle n'osoit cependantaccomplir ses désirs sans une permission expressedu roi; ce prince ayant fait une ordonnance, par laquelleil étoit défendu à toutes les filles riches de sortir deson pays, sous peine de confiscation de tout leur bien.Le roi m'accorda cette faveur à condition que je luiengageasse ma parole d'honneur de ne point marier cettefille hors de ses états1; en quoi je le satisfis.

Note 1: (retour) Comme cet article est de conséquence pour la suite de cesmémoires, je prie le lecteur d'y faire attention.

Le jour de mon départ étant enfin fixé au 11.Janvier, je résolus de faire une dernière tentative pourattendrir ce prince. Je trouvai moyen de lui parler enparticulier, et de lui ouvrir mon coeur. Je fis l'apologiede ma conduite passée, sans compromettre la reine; jelui peignis avec les couleurs les plus touchantes la douleurque m'avoit causée sa disgrâce; j'y ajoutai un portraitnaïf de ma situation présente, le suppliant par toutce qu'il y avoit de plus sacré de ne point m'abandonner,et de m'accorder son secours et sa protection. Mondiscours fit son effet; il fondoit en larmes, ne pouvantme répondre à force de sanglots: il m'expliquoit sespensées par ses embrassemens. Faisant enfin uneffort sur lui, je suis au désespoir,

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