FRANKENSTEIN,

OU

LE PROMÉTHÉE MODERNE.

DÉDIÉ A WILLIAM GODWIN,

AUTEUR DE LA JUSTICE POLITIQUE, DE CALEB WILLIAMS, etc.

Par Mme SHELLY, sa nièce.

TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR J. S.***

Créateur, t'ai-je demandé de me tirer de
l'argile pour me faire homme? T'ai-je
sollicité de m'arracher du néant?

MILTON, Paradis perdu.

TOME DEUXIÈME

PARIS,
CHEZ CORRÉARD, LIBRAIRE
PALAIS ROYAL, GALERIE DE BOIS, N.° 258.
1821

TABLE

CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI


FRANKENSTEIN,
OU
LE PROMÉTHÉE MODERNE


CHAPITRE VIII

Rien n'est plus pénible pour le cœur de l'homme, que le calme glacialqui succède aux sentiments divers soulevés par une suite rapided'événements, et la certitude qui enlève en même temps l'espéranceet la crainte. Justine n'était plus! Et moi je vivais! Le sangcirculait librement dans mes veines; mais mon cœur était oppressé parle désespoir et le remords, dont rien ne pouvait me délivrer. Lesommeil fuyait de mes yeux, j'errais comme un mauvais génie, certaind'avoir causé d'horribles malheurs, et convaincu que j'en préparais deplus horribles encore. Cependant je portais dans le cœur des sentimentsde bonté et l'amour de la vertu. J'avais commencé la vie avec desintentions bienveillantes; et je désirais arriver au moment où jepourrais en faire preuve, et me rendre utile à mes semblables.Maintenant tout était changé: au lieu de cette paix de conscience, quime permettait de jeter avec satisfaction les yeux sur le passé, et quidonnait à mes espérances une force nouvelle, j'éprouvais le remordset le sentiment du crime, qui me livraient à des tourments affreux etdifficiles à dépeindre.

Cette situation d'esprit influa sur ma santé, dont le rétablissementétait complet. Je fuyais la présence des hommes; j'étais tourmentépar la joie et le bonheur des autres; je ne trouvais de consolation quedans la solitude... dans une solitude profonde, terrible, semblable àla mort.

Mon père s'aperçut avec peine que mon caractère et mes habitudesétaient sensiblement changés. Il essaya de me prouver, par desraisonnements, combien j'avais tort de m'abandonner à un chagrinimmodéré. «Pensez-vous, Victor, dit-il, que je ne souffre pas commevous? Il est impossible d'aimer plus un enfant que je n'aimais votrefrère (des larmes vinrent mouiller ses yeux); mais n'est-t-il pas dudevoir de ceux qui survivent, de chercher à ne pas augmenter leurmalheur, en laissant paraître l'excès du chagrin? C'est aussi undevoir pour vous-même; car la douleur excessive éteint toutes lesfacultés, ou rend même incapable de remplir les devoirs journaliers,sans lesquels l'homme n'est pas propre à la société».

Cet avis était bon; mais il n'était nullement applicable à maposition. J'aurais été le premier à cacher mon chagrin et à

...

BU KİTABI OKUMAK İÇİN ÜYE OLUN VEYA GİRİŞ YAPIN!


Sitemize Üyelik ÜCRETSİZDİR!