Note de transcription:
Les erreurs clairement introduites par le typographe ont étécorrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pasété harmonisée.

FONTAINEBLEAU
MAURICE BOURGES, IMPRIMEUR BREVETÉ
32, Rue de l'Arbre-Sec.
1908
TIRÉ A TROIS CENTS EXEMPLAIRES
Exemplaire No 224.
AUTRE OUVRAGE DU MÊME AUTEUR
Lexique sommaire
de la Langue du Duc de Saint-Simon.
Paris, 1905, Firmin Didot et Cie,
éditeurs.
Dédié à ma Fille
MADAME MARGUERITE MERLIN
Le petit livre que nous publions est destinéaux gens du monde qui sont restés fidèlesà la littérature du XVIIe siècle et qui ontgardé le culte de Madame de Sévigné. LesSévignistes, comme les appelait Sainte-Beuve,voudront bien excuser ce que notreessai a d'incomplet et d'imparfait. Il nousa semblé, toutefois, que, même dans les limitesétroites où se renfermait notre travail,il pourrait offrir quelque intérêt, soitpour l'intelligence de l'œuvre de Madamede Sévigné, soit pour l'étude de la languefrançaise d'autrefois.
Dans ses incessantes évolutions, notrelangue s'est appauvrie, peu à peu, deplus d'un terme expressif qu'on retrouveradans les Lettres de la célèbre Marquise.En outre il nous apparaît, comme onl'a déjà souvent remarqué, que nos contemporainsse sont accoutumés à ne pas faireusage, même, de tous les mots qui ne sontpas tombés en désuétude. Un vocabulairerestreint et monotone paraît suffire auxbesoins de nos écrivains modernes; d'autrepart, beaucoup d'additions nouvelles àla belle langue du XVIIe siècle, dont ilsusent, ne sont pas toujours marquées au10bon coin. Elles ne nous consolent pas, d'ailleurs,de ce que l'usage nous a fait perdre.
La correspondance de Madame de Sévignéprésente cette exacte proportion entrela pensée et la forme qui, comme l'a dit lephilosophe Bersot, a constitué au XVIIe sièclela perfection de tant d'ouvrages. L'œuvre deMadame de Sévigné n'a pas vieilli. On peutlui appliquer d'ailleurs ce qu'elle écrivaità sa fille, le 11 janvier 1690, d'un auteurqu'elle admirait: «Il ne faut pas dire celaest vieux; non cela n'est pas vieux, maisc'est divin.»
La supériorité des femmes du XVIIe siècle,dans l'art épistolaire, n'a jamais été méconnue:«Ce sexe va plus loin que nousdans ce genre d'écrire», déclarait La Bruyère.Paul-Louis Courier, si bon connaisseuren matière de beau langage, disaitde même: «Gardez-vous bien decroire que quelqu'un ait écrit en français,depuis le règne de Louis XIV. La moindrefemmelette de ce temps-là vaut mieux,pour le langage, que les Jean-Jacques, Diderot,d'Alembert, contemporains ou postérieurs.»
En particulier, le style de Madame de Sévignéest incomparable. Son langage estvif, rapide, animé, clair, naturel, riche entours nouveaux, exempt de déclamation,affranchi de la lourdeur com