LE NATURALISME

PAR

EMILIA PARDO BAZAN

PARIS
NOUVELLE LIBRAIRIE PARISIENNE
E. GIRAUD ET CIE. ÉDITEURS
18, RUE DROUOT, 18
1886

PRÉFACE

Le livre de Madame Emilia Pardo Bazan, que je présente au publicfrançais, sous un titre différent de celui qu'il porte dans l'éditionespagnole, m'avait paru à première lecture digne de la traduction. J'ai,depuis, été encouragé par quelques personnes, d'opinions littérairestrès diverses, à en publier une version.

Les unes me faisaient observer combien il est intéressant de connaître,sur un mouvement tout français par ses origines, les appréciations desétrangers; d'autres pensaient trouver dans ce livre une lumière quiéclairerait d'un jour nouveau leurs théories les plus chères. Je me suisrendu à ces raisons, me réduisant encore une fois au rôle sacrifié detraducteur.

Madame Emilia Pardo Bazan est un des écrivains les plus goûtés de laPéninsule. En quelques années, elle a touché à tous les sujets: roman,critique, histoire, histoire littéraire, hagiologie, critiquescientifique. Ses qualités dominantes sont à coup sûr, avec uneprécieuse netteté d'intelligence, une langue facile et brillante, unstyle coloré et nerveux.

Les théories littéraires, qu'elle a travaillé à répandre en Espagne,sont pour la plupart empruntées à la France. Il est cependant juste dereconnaître que, s'il y avait un grand mérite, en 1883, à leur fairepasser les Pyrénées, ce mérite était double, s'il appartenait à unefemme. En outre, quelques-unes des idées de La Cuestion palpitantesont bien la propriété personnelle de l'écrivain espagnol.

Madame Emilia Pardo Bazan est, en effet, le chef d'une école: sonNaturalisme catholique ne peut avoir les mêmes bases que le Naturalismede M. Emile Zola, de là pour notre confrère transpyrénéen un très grandsouci de questions qui, en France, n'ont jusqu'à ce jour été traitéespar personne et qui inquiètent cependant certains critiques, et enparticulier un groupe nombreux d'écrivains de la presse catholique. Dansce milieu que j'ai traversé, où j'ai des amis et tout naturellement desadversaires, le Naturalisme scientifique de l'école de Médan ne sauraitêtre accepté tel quel. Ceux que le goût des lettres attirait vers labrillante phalange des romanciers véristes auront quelque plaisir àretrouver leurs éloges et leurs réserves sous la plume de leurcoreligionnaire espagnole. Je vais donc résumer pour eux surtout lestrois chapitres que j'ai cru devoir retrancher dans ma traduction parcequ'ils contenaient une philosophie d'une forme un peu aride etscholastique et n'intéressaient qu'une fraction aussi respectable querestreinte du public lettré.

Fort peu de gens, en effet, se préoccupent des bases philosophiques surlesquelles reposent les dogmes d'une école littéraire. Ils préfèrent lesœuvres que ils ont produites. C'est à ceux-là que Madame Pardo Bazans'adresse après qu'elle a franchi les aspérités du début de sonexposition.

Naturalisme, Réalisme, dit-elle, on jongle souvent avec ces mots, maisle public ébloui par ces brillants exercices de prestidigitation n'enest pas plus éclairé! On lui a corné aux oreilles que le Naturalisme estlicencieux, grossier, immoral: il n'en est pas plus instruit du vraicaractère de cette manifestation littéraire.

Le fond du Naturalisme, continue-t-elle, c'est le déterminisme,résurrection, sous la forme scientifique chère au XIXe siècle, du vieuxFatalisme païen jusque-là battu en brèche par les doctrines chrétienneset principalement par la doctrine augustinienne du libre arbitre.

Saint Augustin, écrit-elle, réussit à effectuer la conciliation du lib

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