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HISTOIRE

DES
MONTAGNARDS

LIBRAIRIE DE LA RENAISSANCE

OEUVRES D'ALPHONSE ESQUIROS
HISTOIRE DES MONTAGNARDS

[Illustration: Alphonse Esquiros.]

[Illustration: Rouget de l'Isle.]

INTRODUCTION

I

MES TÉMOINS

Au moment où fut écrit l'Histoire des Montagnards (1846-1847),quelques acteurs du grand drame révolutionnaire vivaient encore;d'autres venaient de mourir. J'eus la bonne fortune de connaitreBarère, auquel je fus présenté par le sculpteur David, Lakanal,Souberbielle, Rouget de l'Isle. Ce que j'attendais d'eux n'était pointdes renseignements qui peuvent se retrouver dans les livres, lesjournaux ou les brochures du temps; c'était l'âme d'une époque qui n'ajamais eu d'égale dans l'histoire.

Il m'arriva souvent de recueillir dans ces entretiens des détailscurieux, des souvenirs personnels, des impressions très-profondes surles événements auxquels ces derniers témoins d'un monde évanoui avaientplus ou moins participé. Si la mémoire leur faisait quelquefois défautsur les dates et les circonstances accessoires, le sentiment des chosesétait resté intact, et c'est ce sentiment qu'il m'importait surtout deconnaître. En un mot, n'était-ce point la source à laquelle on pouvaitretrouver la vie de la Révolution Française?

Il faut pourtant avouer que les hommes de 93 n'aimaient guère à parlerde ce qu'ils avaient vu ni de ce qu'ils avaient fait. On avait quelquepeine à les attirer sur ce terrain. Il semble que la gravité des scènesterribles auxquelles ils avaient assisté leur eût posé sur les lèvresun sceau de plomb. Il est du moins certain que leurs convictionsn'étaient nullement ébranlées et qu'ils soumettaient leurs actes aujugement de l'histoire avec une parfaite tranquillité de conscience.

Les femmes se montraient naturellement plus communicatives que leshommes; deux d'entre elles m'ont laissé un vif souvenir. La premièreest madame Lebas, veuve du conventionnel, l'autre est la soeur deMarat.

Madame Lebas devait avoir été jolie dans sa jeunesse. Elle avait l'oeilnoir, des maniéres distinguées et une mémoire très-sûre. C'est d'elleque deux ou trois historiens de la Révolution Française ont appris desdétails intéressants sur la famille Duplay et sur la vie privée deRobespierre. Ses souvenirs ne dépassaient guère le cercle des relationsintimes; mais comme à dater de 93 la maison de Duplay devint le foyervers lequel convergeait toute la vie politique autour de Robespierre,elle avait passé sa jeunesse au coeur même de la Révolution. Elle avaitaimé son mari, comme elle disait elle-même, d'un amour patriotique;mais par une réserve et une délicatesse de coeur que les femmescomprendront, c'était celui dont elle parlait le moins. De Saint-Just,de Couthon, de Robespierre jeune, elle citait de belles et de bonnesactions qui l'avaient touchée. Sa grande admiration était pourMaximilien. L'intérieur de la famille Duplay était une maison à laJean-Jacques Rousseau, une arche des vertus domestiques risquée sur undéluge de sang. Parlait-elle du 9 thermidor, son front s'assombrissait,ses yeux se remplissaient de larmes. Malheureusement son fils assistaità toutes nos conversations et la surveillait de près, craignant sansdoute des indiscrétions qui pussent blesser son amour-propre comme filsd'un conventionnel et comme membre de l'Institut. Je n'oublierai jamaisl'e

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