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COLLECTION HETZEL.
PAR
Édition autorisée pour la Belgique et l'Étranger,
interdite pour la France.

LEIPZIG,
ALPH. DURR, LIBRAIRE-ÉDITEUR.
1858
BRUXELLES.—TYP. DE J. VANBUGGENHOUDT,
Rue de Schaerbeek. 12.
Dans les premiers jours de mai, en l'année 1836, deux hommes serencontrèrent dans l'une des contre-allées du boulevard de Saxe,derrière l'hôtel royal des Invalides. L'avenue était déserte, comme ilarrive souvent. C'est à peine si quelques soldats passaient deux à deuxà de longs intervalles, portant leur chapelet de bidons enfilés. Cequartier, situé entre les Invalides et l'École militaire, est triste àen mourir. On n'y rencontre que des guerriers en négligé, ou quelquesvieux débris de nos victoires, montant clopin-clopant à la barrière deVaugirard pour boire au Grand-Vainqueur le vin exempt de droits enrabâchant des épluchures de batailles. Après déjeuner, le soleild'Austerlitz réchauffe tous les cabarets du Gros-Caillou, comme lesoleil de juillet illuminait encore, à l'époque où se passe notrehistoire, toutes les guinguettes des environs de la Bastille.
Ils vont et viennent, ces soleils historiques; le vrai soleil du bonDieu n'en peut mais et se venge en aveuglant les astronomes qui luicherchent des taches.
C'est le quartier des marchands de bois en gros. A cette époque où lagarde civique était à la mode, tous les chantiers portaient pourenseigne un français coiffé du bonnet à poil. Il y avait dans lesavenues, et tout le long du boulevard des Invalides, le chantier duGarde national, le chantier de l'ancien Garde national, le chantierdu nouveau Garde national, le chantier du vrai Garde national, etd'autres. La concurrence parisienne, bien honnête mais adroite, saitainsi varier ses moyens.
A part les chantiers, quelques usines, deux fabriques de chandelles, desfermes de maraîchers plus sauvages que les métairies de la Sologne, maismoins pittoresques,