MÉMOIRES

DE

FRÉDÉRIQUE SOPHIE
WILHELMINE,

MARGRAVE DE BAREITH,

SOEUR DE

FRÉDÉRIC LE GRAND,

DEPUIS

L'ANNÉE 1706 JUSQU'À 1742,

ÉCRITS DE SA MAIN.


TROISIÈME ÉDITION, CONTINUÉE JUSQU'A 1758 ET ORNÉE
DU PORTRAIT DE LA MARGRAVE.

TOME PREMIER.

LEIPZIG.
H. BARSDORF.
1889.




FRÉDÉRIQUE SOPHIE WILHELMINE, MARGRAVE DE BAREITH,



Préface.


Un charme tout particulier plane autour des Mémoirestant renommés de la Margrave de Bareith, les enveloppantde voiles mystérieux, tantôt transparents, tantôtobscurcis, montrant néanmoins toujours distinctementl'individualité de la femme auguste dans tout ce qu'ellefait comme dans tout ce qu'elle ne fait pas.

Quatre-vingts ans se sont écoulés depuis la premièreédition qui fut, non pas lue, mais dévorée. Rienne pouvait exciter un plus vif intérêt que ce menu descènes piquantes d'observations pétillantes, d'intrigues incroyables,le tout écrit avec une sans-gêne inouïe. Laprincesse n'épargnait rien et personne, ni père, ni mère,ni frères, ni soeurs n'échappaient à sa critique mordante.Tout ce qu'elle voyait et entendait était saisi pour êtredépeint dans ses Mémoires ou comme un portrait parlantou comme une caricature, mais toujours sans aucuneconsidération de ce qu'on appelle les convenanceset les égards. Nous autres, enfants du XIXième siècle,tout imbus de ces préjugés de convention, nous ne pouvonsvoir sans étonnement de quelle manière elle arrangeses personnages sans aucune exception, les traitant tousavec la dernière rigueur.

Nous ne pouvons comprendre cette princesse dePrusse, choisissant les expressions les plus fortes, lesplus drastiques et décrivant les scènes les plus intimes.Mais le XVIIIième siècle pensait et écrivait autrementque le nôtre. Bien souvent alors le coeur s'échappaitavec la langue, et la plume suivait la main. Avec sagrande désinvolture de conception et de raisonnementle siècle philosophique ne s'inquiétait pas long-temps du:«qu'en dira-t-on?«

On a bien souvent reproché à la Margrave--etle célèbre historien Schlosser lui a jeté la premièrepierre--d'avoir de gaîté de coeur compromis inutilementles siens. Nous aurions d'elle un portrait peuressemblant si nous acceptions ce jugement étroit parmitous les autres du même acabit. Il faut essayer de laconnaître autrement, et elle se révèle sous un jour toutdifférent dans ses lettres.

La Margrave Wilhelmine entretenait une correspondancesuivie avec les plus illustres savants et les plusgrands poètes de son temps. Il suffit de nommer iciFrédéric le Grand et Voltaire. Dans ses lettres setrouve bien souvent l'explication pour nombre de parolesdures contenues dans ses Mémoires. C'est dans seslettres qu'elle ouvre son soeur à son frère et à son ami.On est ému du chagrin et des souffrances d'une princessequi, selon les personnages les plus distingués dece temps, passe pour la femme la plus spirituelle et laplus éminente du XVIIIième siècle. On serait bien tentéde ne point lui reprocher son impiété en voyant que sonamertume et son aigreur trouvent leur explication dansles souffrances physiques et psychiques qu'elle eut àsubir.

Aujourd'hui que l'on a puisé à tant de sources historiques,il serait impossible de mettre au premier rang lesMémoires de la Margrave. Ils sont sans grande portéepour la conception historique, et du reste on y trouveplus d'une erreur. On ne peut nier cependa

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