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Paul GAUGUIN et Charles MORICE

Noa Noa

    _Téhura, j'inscrirai ton nom d'ébène et d'or
    A l'aile du poème, à l'heure de l'essor,
    Car mon désir séduit par ta belle pensée
    A bien souvent tenté la longue traversée
    Vers toi. Voix des Secrets, parfum vivant des bois.

    Que les yeux pleins du feu des soleils d'autrefois
    Reflètent leur clarté sur cette heure morose
    Dans le rêve de vengeresse apothéose
    Qu'a rêvé ton coeur sans savoir qu'il l'a rêvé!
    Et que debout au seuil du temple retrouvé,
    Attestant la forêt, la mer et la montagne,
    Et Hina dont le geste amoureux t'accompagne,
    Et Taaroa, Dieu des Dieux, qui t'inspira,
    Tu te dresses devant les tiens, ô Téhura
    Des jours anciens, dans leur mémoire illuminée,
    O triste et belle comme fut leur destinée!_

I

POINT DE VUE

(Lecteur, sous les yeux de qui l'oeuvre tahitienne de Paul Gauguinpassa peut-être inaperçue—tant on a peu de temps, à Paris etailleurs, pour penser à soi, à son propre développement, à ses plusprofitables plaisirs!—elle est là, je t'y ramène: le point de vue esten elle, des songeries que voici.) Dans ces toiles gonflées encoredes souffles lointains qui nous les apportèrent, vivantes d'une vie àla fois élémentaire et fastueuse, c'est la sérénité de l'atmosphèrequi donne à la vision sa profondeur, c'est la simplification deslignes qui projette les formes dans l'infini, c'est du mystère quel'intarissable lumière, en le désignant, irradie, révélant: une race.

Si distante de la nôtre, qu'elle te semble, dans le genre humain, uneespèce différente de toutes, à part, exceptionnelle. Dans la natureéternellement en fête qui lui fait un cadre de luxuriance, avec lefrisson glorieux de ses grandeurs anciennes, avec les marques fatalesde sa présente agonie, avec sa religion recherchée dans ses origineset poursuivie jusque dans les conséquences qui l'amènent à l'orée duchristianisme: une race, dite par un esprit, le mieux fait, oul'unique, pour la comprendre et pour l'aimer, par les procédésartistiques les plus voisins de ce luxe extraordinaire en sasimplicité, luxe animal et végétal où le prodige de l'éclat n'égaleque le prodige de l'ombre installée au fond de cet éclat même.

Vois, par exemple.

Des formes féminines, nues; dorées, bronzées, de colorations à la foissombres et ardentes. Le soleil les a brûlées, mais il les a pénétréesaussi. Il les habite, il rayonne d'elles, et ces formes de ténèbresrecèlent la plus intense des chaleurs lumineuses. À cette clarté,l'âme, d'abord, te semble transparente de créatures promptes au rire,au plaisir, hardies, agiles, vigoureuses, amoureuses, comme autourd'elles les grandes fleurs aux enlacements audacieux,—de ces fillesindolentes et turbulentes, aimantes et légères, entêtées etchangeantes, gaies le matin et tout le jour, attristées, tremblantesdès la fin du soir et toute la nuit: or, la lumière éblouit comme elleéclaire. Le soleil dévoile tous les secrets, excepté les siens. Cesobscurs foyers vivants de rayons, les Maories, sous des dehors defranchise, d'évidence, gardent peut-être aussi, dans leurs âmes, dessecrets. Déjà, entre la majesté architecturale de leur beauté

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