Recueil de pièces volantes rares et curieuses
en prose et en vers
Revues et annotées
PAR
M. ÉDOUARD FOURNIER
Tome II

A PARIS
Chez P. Jannet, Libraire
MDCCCLV
La bonté avec laquelle le roy a bien voulu se déclarer protecteurde l'Académie françoise semble engager S. M. à lui donner quelquemoment de son attention pour la tirer du mespris et de l'avilissementdans lequel elle est tombée depuis quelque temps. Cette compagniea toujours esté et est encore composée de plusieurs personnes d'unmérite distingué dans les lettres; mais quelques petits esprits quis'y sont introduits s'en sont, pour ainsy dire, rendus les maistrespar l'absence des autres, que leurs différentes fonctions empeschentd'assister régulièrement aux assemblées, et ont escarté ceux quiauroient pu s'y trouver assidûment, en sorte que les honnestes sesont piquez à l'envy l'un l'autre de n'y point aller, et s'en sontmême faict une espèce d'honneur dans (p. 6) le monde[2]. Cela, jointau petit nombre d'ouvrages que cette compagnie a produit et au peud'attention que le roy semble y donner, faict croire au public qu'elleest entièrement inutile puisqu'elle ne faict rien, et encor plus,puisque S. M., à la pénétration de laquelle rien n'eschappe, semblel'abandonner. Il est cependant vray de dire que le soin de fairefleurir les lettres n'est point indigne du prince, car on remarqueque de tous les temps la politesse dans les nations a esté une marquepresque infaillible de supériorité sur les autres nations, et l'ona veu que les siècles et les pays fertiles en héros l'ont esté enhommes de lettres, et que la pureté du langage a toujours esgallé laprospérité de la nation.
L'Académie françoise avoit jusque icy assez remply cette idée, plusencore par raport aux pays estrangers qu'à la France mesme. Ilsregardoient cette compagnie comme un tribunal souverain pour la langue,comme un corps toujours subsistant pour la conserver dans sa pureté,et luy donner en mesme temps l'avantage des langues mortes, qui estde n'estre (p. 7) point sujettes au changement, et celuy de la languevivante, qui est de se perfectionner.
Il n'en est plus de mesme à présent, et l'Académie est égalementdescriée et en France, et chez les étrangers.
Cependant rien ne seroit plus aisé que de rétablir ce corps dans sonpremier lustre. Je sçay que le roy est à présent occupé à de plusgrandes et plus importantes affaires; comme je l'ay remarqué, celle-cyn'est point à négliger, et la moindre marque que le roy voudra donnerde sa bienveillance pour l'Académie suffira pour la restablir.
Une chose qui a le plus contribué à faire ignorer au public l'utilitéde cette compagnie est le choix des ouvrages qui luy