
Portrait de l'Auteur en regard du frontispice.
FrontispiceLa présente histoire n'est pas écrite par unde ces auteurs qui refusent à la Critiquele droit d'interroger un écrivain surson œuvre, et de lui demander, avantque de lire son livre:—À quoi bon telsujet? pourquoi ce héros? d'où vient-il?et enfin, où donc me conduisez-vous?
Au contraire, l'auteur reconnaît à la Critique son droit imprescriptiblede complète interrogation, et il le reconnaîtdans son entier; seulement il se permet de trouver que,dans bien des cas, la question: où allez-vous? qui êtes-vous?que demandez-vous? est des plus embarrassantes.—Àde pareilles questions, l'auteur ne saurait que répondre,en vérité.
Cependant il n'ignore pas que même, critique à part, ily a dans le monde une race oisive et redoutable d'innocentsgentilshommes qui ne savent pas d'autre occupation que cellede vous interroger à tout propos; ces gens-là vous les trouverezen tous lieux, sous la forme inquiétante d'un pointd'interrogation?—hommes d'autant plus gênants, qu'ilspeuvent vous être fort utiles, car, pour si peu que vous soyezdociles à leurs questions, pour un rien, ils vous suivent très-volontierspartout où vous voulez les conduire. Ces bravesgens suivront, tête baissée, votre imagination vagabonde,comme autant de moutons de Panurge; ils lui tiendront l'étrierau besoin; seulement il est bien entendu que si voustenez à en être applaudi longtemps et suivi longtemps, ilest absolument indispensable que vous leur expliquiez aupréalable le qui? le quoi? le où? le pourquoi? le comment?et le quand? de votre livre; et, je le répète, par la littératurequi court, rien n'est plus difficile que ces explicationsau préalable.
Je sais, il est vrai, aussi bien que personne, qu'à son premiervoyage dans le domaine des inventions, il serait facileà un écrivain peu timoré d'aborder ces gentilshommes le chapeauà la main; puis, avec l'humilité d'une préface du dix-septièmesiècle ou d'un couplet final de vaudeville moderne,on pourrait leur promettre effrontément de les conduire àSéville ou à Londres, au Kremlin ou à Saint-Pierre deRome, par les plus beaux sentiers, les mieux connus et lesplus frayés, et alors, les honnêtes gens qu'ils sont, ils voussuivraient, et sans nul doute, tout d'abord, les yeux fermés.
Mais ce n'est pas tout que d'entreprendre un voyage, ilfaut l'achever. Que le plus malheureux coucou de Saint-Denisme charge pour la vallée de Montmorency ou pourles eaux d'Enghien, et qu'il me dépose au milieu de la routepoudreuse de Pontoise, j'imagine que je serai fort mécontent.De même si, après vos belles promesses, au lieu de jetervotre lecteur