AVENTURES

DE MONSIEUR

PICKWICK


CHARLES DICKENS





AVENTURES DE MONSIEUR PICKWICK

ROMAN ANGLAIS

TRADUIT AVEC L'AUTORISATION DE L'AUTEUR SOUS LA DIRECTION DE P.LORAIN

PAR P. GROLIER


TOME SECOND



PARIS

LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

1893


CHAPITRE PREMIER.

Comment les pickwickiens firent et cultivèrent laconnaissance d'unecouple d'agréables jeunes gens, appartenant à une desprofessionslibérales; comment ils folâtrèrent sur la glace; etcomment se terminaleur visite.

«Eh bien! Sam, il gèle toujours?» dit M. Pickwickà son domestiquefavori, comme celui-ci entrait dans sa chambre le matin du jour deNoël,pour lui apprêter l'eau chaude nécessaire.

«L'eau du pot à eau n'est plus qu'un masque de glace,monsieur.

—Une rude saison, Sam!

—Beau temps pour ceux qui sont bien vêtus, monsieur, commedisaitl'ours blanc en s'exerçant à patiner.

—Je descendrai dans un quart d'heure, Sam, reprit M. Pickwick, endénouant son bonnet de nuit.

—Très-bien, monsieur, vous trouverez en bas une couple decarabins.

—Une couple de quoi? s'écria M. Pickwick en s'asseyant surson lit.

—Une couple de carabins, monsieur.

—Qu'est-ce que c'est qu'un carabin? demanda M. Pickwick, incertainsic'était un animal vivant ou quelque comestible.

—Comment! vous ne savez pas ce que c'est qu'un carabin, monsieur.Maistout le monde sait que c'est un chirurgien.

—Oh! un chirurgien?

—Justement, monsieur. Quoique ça, ceux-là ne sont quedes chirurgiensen herbe; ce sont seulement des apprentis.

—En d'autres termes, ce sont, je suppose, des étudiants enmédecine?»

Sam Weller fit un signe affirmatif.

«J'en suis charmé, dit M. Pickwick, en jetanténergiquement son bonnetsur son couvre-pieds. Ce sont d'aimables jeunes gens, dont le jugementest mûri par l'habitude d'observer et de réfléchir;dont les goûts sontépurés par l'étude et par la lecture: je seraicharmé de les voir.

—Ils fument des cigares au coin du feu dans la cuisine, dit Sam.

—Ah! fit M. Pickwick en se frottant les mains, justement ce quej'aime:surabondance d'esprits animaux et de socialité.

—Et il y en a un, poursuivit Sam, sans remarquer l'interruption desonmaître; il y en a un qui a ses pieds sur la table, et qui pompeferme del'eau-de-vie; pendant que l'autre qui parait amateur de mollusques, apris un baril d'huîtres entre ses genoux, il les ouvre àla vapeur, etles avale de même, et avec les coquilles il vise not' jeunepopotame quiest endormi dans le coin de la cheminée.

—Excentricités du génie, Sam. Vous pouvez vousretirer.»

Sam se retira, en conséquence, et M. Pickwick, au bout d'unquartd'heure, descendit pour déjeuner.

«Le voici à la fin, s'écria le vieux Wardle.Pickwick, je vous présentele frère de miss Allen, M. Benjamin Allen. Nous l'appelons Ben,et vouspouvez en faire autant, si vous voulez. Ce gentleman est son amiintime,monsieur....

—M. Bob Sawyer,» dit M. Benjamin Allen. Et là-dessus,M. Bob Sawyer etM. Benjamin Allen éclatèrent de rire en duo.

M. Pickwick salua Bob Sawyer, et Bob Sawyer salua M. Pickwick;aprèsquoi Ben et son ami intime s'occupèrenttrès-assidûment des comestibles,ce qui donna au philosophe la facilité de les examiner.

M. Benjamin Allen était un jeune homme épais,ramassé, dont les cheveuxnoirs avaient été taillés trop courts, dont laface blanche étaittaillée trop longue. Il s'était embelli d'une paire delunettes, e

...

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