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ÉQUILIBRE
Quelle est cette ondulation
au bord des paupières
ce regard en équilibre
au bord des cils
et ces lèvres suspendues
au bord du sourire
quelle est cette forme
sur la tête du silence
ce doigt familier
dans l'oeil du paysage
et ce rouge
au bord des caresses endormies
la nuit
en tenue d'amour
se promène
SYMPTÔME
À qui appartient ce visage
amoureux du sang de la colère
ces grimaces patiemment sculptées
par le jour fatigué
et ces mains
à bout de bras
qui soulèvent des amertumes
comme une misère apprivoisée
le corps poussiéreux rêve d'immensité
quand la souffrance fait éternuer la mort
dangereusement
PRISE 1
Entre les couleurs terre de Sienne
et noir d'encre
le jour marathonien s'essouffle
nous ravive entre deux néants
nous colle au coeur
puis disparaît
dans la bouche de la nuit
silence on tourne en rond
LES MURS
Le ciel effrité ne nous reconnaît plus
quand l'amour fait des pirouettes
chevauche les épaules du mystère
derrière les crépuscules en fuite
quand le silence perd la mémoire
à travers la couleur du sang
les tortures magiques
les larmes nues
quand les enfants brûlés
suspendent leurs douleurs
aux arbres indifférents
quand leurs doigts gelés creusent l'absence
la mort contre les murs
grince des dents
ENCORE DES MURS
On a poignardé le silence
de tous ceux qui crachent
des mots larges et ronds
sur les murs
sur la mémoire des murs
le mur ivre du sang des complots
le mur lié au sommeil des enfants trop morts
le mur dédié aux vieux bonheurs
livrés au sort des chambres
le mur calfeutré des maisons errantes
le mur effrayé par le cri d'un oiseau
quand l'ennemi dans la brume
ne se nomme même pas
REVERS DE MÉMOIRE
Cette femme au coeur chauve
cultive des nuits dans son jardin
elle verse ses yeux sur les jeunes pousses
et change de lune à toutes les secondes
pour remettre le temps à sa place
elle flatte le ventre des anges
pour cueillir des sourires
et souffle sur les heures
en creusant des trous
dans la mémoire du monde alentour
elle est décomposée
lamentable
au bout de ses bras
COMME SI C'ÉTAIT VRAI
Arrachée aux brûlures de l'hiver
une phrase vient s'abriter
dans les brouillards du coeur
sans déranger
elle organise des tristesses
dans le jardin des autres
vous promet des prétextes beaux comme le soir
vous écorche les soucis
vous rappelle que les rues sont endiablées
quand on s'aventure dans le présent
vous conseille de ne pas signer votre nom
au bas des feuilles mortes
vous enjoint de défaire vos valises
et de ranger vos passions dans les tiroirs
de passer par les ruelles pour décorer la misère
de prendre tous les soirs une douche de félicité
avant d'envahir le désir à froid
d'éviter les morsures de serpents
lors de votre délire amoureux
d'utiliser votre nez et vos oreilles
pour détecter l'intelligence
vous recommande de réciter n'importe quoi
pourvu que ça dure